Récupération informelle des déchets

La récupération informelle des déchets est l'activité consistant à «trier et extraire manuellement des matériaux recyclables ou réutilisables depuis des déchets mélangés, dans les décharges légales...



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Ramasseurs de déchets dans un bidonville de Jakarta en Indonésie.

La récupération informelle des déchets est l'activité consistant à «trier et extraire manuellement des matériaux recyclables ou réutilisables depuis des déchets mélangés, dans les décharges légales et illégales, aux dépôts et sur les piles de déchets, dans les poubelles, aux points de transfert ou dans les camions de transport.». [1] Lorsque cette activité est pratiquée dans les poubelles, on utilise l'expression «faire les poubelles». Cette activité est une des façons de récupérer les déchets, les autres façons consistant à les récupérer à la source (avant qu'ils ne soient mélangés à d'autres déchets) ou à les récupérer de façon organisée (par l'intermédiaire de la déchèterie).

Cette activité est fortement insalubre, dangereuse ou alors illégale selon les lieux, et peut être reconnue comme dégradante : à l'exception de quelques cas de personnes le faisant dans un but scientifique ou artistique, elle n'est pratiquée que par ceux qui n'ont guère d'autres choix : personnes marginalisées sans domicile fixe dans les pays développés, habitants des bidonvilles des pays en développement. Elle fait partie des activités de l'économie informelle.

S'il est complexe de savoir combien de personnes précisément exercent cette activité, les estimations donnent un total compris entre 2 et 6 millions de personnes au niveau mondial (voir plus bas).


Le métier de chiffonnier était connu en Europe et spécifiquement en France et en Italie, jusque dans les années 1960. Il existe des communes, par exemple Gambettola en Italie du nord, où les habitants ont fait fortune par la récupération des vieilles choses et perpétuent cet ancien métier en récupérant les métaux pour les sidérurgies.

On trouve en français, plusieurs expressions pour désigner cette activité et les personnes la pratiquant, même si l'anglais est souvent employé dans le domaine du développement. L'anglais scavenging et scavenger (appliqué à l'origine aux animaux pour désigner les charognards) est fréquemment jugé trop péjoratif, alors que le mot de chiffonnier (rag picker), s'il reste fréquemment employé, est trop restrictif car il ne sert à désigner que la récupération de tissu. Le mot anglais waste pickers est aujourd'hui le plus employé dans les études, ce qui est fréquemment traduit par récupérateur de déchets ou ramasseur de déchets (quelquefois en ajoutant l'adjectif «informel» pour les distinguer des éboueurs professionnels), ou alors collecteur de déchets. On utilise aussi «ordures» à la place de «déchets».

Il existe aussi de nombreux noms ou surnoms locaux, qui sont quelquefois préférés : par exemple, on parle de zabbālīn ("éboueurs", en arabe littéraire) en Égypte, Cartoneros en Argentine, Chifonye en Haïti, Kacharawala à Delhi, Tokai au Bangladesh, Kabaris à Karâchi, Pepenadores au Mexique, Basuriegos en Colombie, Catadores au Brésil, Boujouman au Sénégal...  : ces noms désignent fréquemment les principaux matériaux (carton, chiffons, etc. ) qui sont récupérés.

Types de déchets récupérés et utilisations

Les déchets récupérés sont globalement de trois principaux types : pour la subsistance immédiate, pour revente, ou pour utilisation scientifique ou artistique.

  • Déchets ayant une réutilisation immédiate : il s'agit généralement de déchets comestibles, comme des restes de nourriture, des produits jetés car ayant dépassé leur date limite de consommation mais toujours bons ; ces produits sont conçus pour être consommés peu après. Ils sont trouvés aux abords des marchés, ou des supermarchés et des restaurants dans les pays développés.
  • Déchets conçus pour la revente : de nombreux objets jetés peuvent retrouver une valeur marchande à peu de frais, et procurer ainsi un moyen d'existence, essentiel dans les lieux où la pauvreté est répandue et le chômage particulièrement important. Ce type d'utilisation crée un travail à part entière, et reste la forme dominante de récupération dans les pays en développement.
  • Déchets pour une utilisation «professionnelle» : ce cas reste extrêmement marginal comparé aux deux autres ; il concerne surtout la récupération de déchets faite «pour le frisson», pour une création artistique, pour une étude sociologique ou pour une enquête.

En plus de ces trois utilisations, les déchets peuvent avoir d'autres utilités. Dans les zones inondables, les déchets peuvent servir de remblai à défaut d'autre matériau immédiatement disponible : ainsi, dans les zones de Cap-Haïtien construites sur les marais à mangroves, 50% du sol se compose de déchets ménagers. [2] Les déchets servent aussi à former des digues de fortune contre les marées de grande amplitude et les vagues.

Illustration des différentes utilisations envisageables des déchets récupérés

Si le ramassage est l'activité la plus visible (car fréquemment l'image la plus choquante), elle n'est pas l'unique activité faisant partie de la récupération. Ces activités incluent le ramassage (à la source, dans les rues et dans les décharges), la valorisation et / ou la transformation, le rachat et la revente. À ce point, ce qui était un déchet retrouve sa place dans l'économie formelle ou dans l'industrie comme matière recyclée.

Description des activités

Une femme de Hong Kong mouille du carton pour accroître son poids et par conséquent sa valeur marchande : exemple de valorisation.

Le ramassage peut s'effectuer à différents points. En amont, les récupérateurs peuvent racheter les déchets auprès des foyers, ce qui leur permet d'obtenir des déchets moins souillés ; cette pratique se retrouve dans les zones d'une ville non alimentées par les services publics. Certains récupérateurs sont payés pour cela, s'ils assurent l'évacuation de l'ensemble des déchets. Le ramassage peut aussi s'effectuer dans les bennes communautaires ou dans les rues, surtout aux abords des marchés. Enfin, un lieu de prédilection reste une décharge publique compte tenu de l'abondance des déchets. Selon les décharges et l'implication des municipalités, l'accès peut être libre ou bien restreint à certaines heures, aux personnes autorisées, ou alors au paiement d'un droit. Les personnes qui font payer ce droit peuvent aussi faire partie du dispositif, fréquemment comme revendeurs.

Le tri peut s'effectuer en même temps que le ramassage ou une fois que les objets ont été revendus à un intermédiaire. Il sert à séparer ce qui va être réutilisé de ce qui est définitivement à jeter.

La valorisation consiste à ajouter de la valeur aux déchets ; il peut s'agir d'un simple nettoyage ou de la réparation d'un objet, lui permettant d'être directement revendu. Au-delà de la valorisation, la transformation s'apparente au recyclage en réutilisant les matériaux de l'objet pour autre chose : par exemple, la récupération de tissu pour confectionner des vêtements ou des rideaux ; la refonte de métal pour faire des objets n'ayant pas besoin de bonne qualité ; bibelots faits de papier et plastique recyclé.

Enfin, la revente sert à réintroduire les objets dans le circuit économique classique. Cette revente peut se faire dans la rue par le récupérateur lui-même, de façon organisée par une boutique, ou bien auprès d'industries dans le cas des matériaux bruts.

Ramasseurs utilisant une carriole

La plupart des ramasseurs n'utilisent que deux outils :[3] une pointe ou un crochet métallique pour retourner les déchets, et un sac en plastique pour les collecter. L'utilisation de véhicules comme la carriole ci-contre semble réservée aux groupes organisés compte tenu de leur coût prohibitif. Les équipements de protection sont particulièrement rares ; lorsqu'il s sont présents, ils sont fréquemment le résultat d'une action d'une organisation locale ou mondiale.

Puisque la majorité des récupérateurs travaillent dans le secteur informel, il est complexe d'établir exactement leur nombre dans le monde. Il est envisageable de consulter des évaluations de terrain[1] qui donnent une idée des proportions dans certaines grandes villes (voir le tableau ci-dessous)  ; au niveau mondial, il s'agit de centaines de milliers de personnes, ou alors de plusieurs millions, qui vivent de cette activité. Dans les grandes villes des pays en développement, une estimation de 1988 porte à 2% de la population ceux qui vivent de la récupération informelle des déchets, [4] soit potentiellement 1, 6 millions de personnes seulement dans les pays les moins avancés et 6, 35 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou modérément faible. [5] Si, par contre, on utilise le taux de 6 ‰ de la population qui apparait souvent dans le tableau ci-dessous, le nombre estimé de récupérateurs informels serait de 490 000 dans les pays les moins avancés, et 1, 92 million dans l'ensemble des pays à revenu faible ou moyennement faible.

Estimation du nombre de récupérateurs informels dans quelques grandes villes du monde.
Lorsque aucune source n'est précisée, c'est un résultat de l'OIT[1]
Pays Ville Population totale
(2004)
Récupérateurs informels (estimation)
Total Dont enfants (- 18 ans)
Asie
Bangladesh Dhâkâ 10, 4 millions 65 000[6] 6, 3
Cambodge Phnom Penh 1, 2 millions 330 (décharges) 0, 27 246 (décharges)
Inde Bangalore 6 millions 20 000 - 30 000[7]
12 000
3, 3 - 5
2
24% des enfants des rues[8]
Delhi 14 millions 100 000[9]
15 000[10]
7, 1
1, 07
Calcutta 15 millions 50 000[1]
20 000 - 25 000[11]
3, 3
1, 3 - 1, 7
30 - 40%[9]
Bombay 18, 1 millions 100 000[12]
70 000[13]
5, 5
3, 9
Pune 3, 75 millions 10 000[8] 2, 7
Pakistan Karâchi 14 millions 15 000 (rues) [14]
21 000 (décharges)
1, 07
1, 5
Indonésie Jakarta 8, 8 millions 37 000[15] 4, 2
Philippines Manille > 10 millions 20 000 (décharges) [16] 2
Quezon City 2, 2 millions 13 000 (décharges) 5, 9 1 500 (décharges)
Viêt Nam Hô-Chi-Minh-Ville 7, 4 millions 7 500[12] 1, 01
Hanoï 3, 1 millions 12 000[6] 3, 9 1 000
Afrique
Égypte Le Caire 18 millions 70 000[17]
30 000[1]
3, 89
1, 67
2 500 (rues)
Kenya Ensemble du pays 34, 7 millions 45 000[18] 1, 3
Tanzanie Dar es Salam 2, 5 millions 600 - 700 0, 25 50 - 100
Amériques
Argentine Buenos Aires 12, 4 millions 80 000[19] 6, 45
Brésil Ensemble du pays 180 millions  ? 45 000[18]
Colombie Bogotá 6 millions > 10 000[12] 1, 67
Ensemble du pays 45 millions 50 000[20] 1, 11
Mexique Mexico 18 millions 15 000[4] 0, 83
Europe
Roumanie Cluj-Napoca 330 000 800 (décharges)
1 000 (rues)
2, 4
3, 0
150 - 200
Baia Mare 136 000 200[21] 1, 47
Ensemble du pays 22, 2 millions 35 000 - 50 000[21] 1, 58 - 2, 25

Enfant venant de trouver une poupée, suscitant l'admiration de ses pairs.

Si la récupération des déchets provient d'une situation de grande pauvreté et d'un manque de ressources, les récupérateurs ne sont pas pour tout autant les plus pauvres des habitants ; ces derniers se retrouvent parmi les mendiants ou les personnes âgées isolées. [1] Le revenu des récupérateurs est fréquemment supérieur au seuil de pauvreté de 1 US / jour et peut même dépasser le revenu minimum du pays : en Roumanie, un adolescent gagnait en moyenne 125 à 300 euros par mois lorsque le salaire minimum était de 70  ; à Dar Es Salaam, un récupérateur adulte gagnait en moyenne 55 US par mois en 2004, tandis que le revenu minimum était de 45 US ; en Amérique latine, leur revenu peut atteindre trois fois le revenu minimum.

Les enfants gagnent cependant moins que les adultes : un adolescent gagne généralement 50 % de ce qu'un adulte peut espérer, alors que le revenu des jeunes enfants (en-dessous de 12 ans) se situe entre 10 et 25% du revenu d'un adulte. Par contre, les enfants contribuent fréquemment de façon significative au revenu familial, de l'ordre de 30 à 40 % à Calcutta, ce qui peut dissuader les parents de les renvoyer à l'école. Les femmes gagnent aussi moins que les hommes, qui travaillent plus fréquemment la nuit et sont prédominants dans les travaux mieux rémunérés (conducteurs de camions, revendeurs à plus grande échelle)  ; cependant, cette activité peut représenter pour les femmes un moyen de gagner un revenu de façon indépendante et par conséquent de sortir de la pauvreté.

Les motivations derrière cette activité fluctue entre les adultes et les enfants. Pour les adultes, les principales raisons sont le manque d'un travail alternatif (fréquemment à cause d'un faible niveau d'éducation et/ou de discrimination), le besoin d'un revenu plus élevé et la flexibilité qu'il offre dans les heures et lieux de travail. Les raisons sont plus diverses pour les enfants, et peuvent inclure :[1]

  • l'incapacité des parents à travailler (handicap, maladie, alcoolisme... )  ; les enfants peuvent aussi se sentir responsables de la famille ;
  • l'absence d'écoles accessible, le peu d'attractivité des écoles ou le coût des frais scolaires, le peu d'importance attaché à l'éducation ;
  • le ramassage d'ordures est vu comme un standard de vie, ou une décharge est localisée à côté du lieu de vie ;
  • les enfants sont connus plus agiles et rapides pour trier et ramasser les ordures, sont payés moins, et pendant ce temps, ils n'ont pas besoin d'un lieu pour les laisser pendant que les parents travaillent ;
  • le travail des enfants est vu comme «normal» (comme d'autres activités : vendeur d'eau, aides aux chauffeurs de bus... ), ou les enfants sont supposés participer aux activités de la famille ;
  • le peu d'éducation n'offre aucune alternative.

La faim reste une grande motivation pour récupérer des ordures, cette activité étant moins dangereuse que le vol. L'écrivain Jean Ziegler parle de la récupération d'ordures pour se nourrir, dans L'Empire de la honte. Se rendant sur la décharge municipale de Brasilia, il observe les enfants et adolescents qui trient et placent les ordures dans des chariots, sous la surveillance d'un feitor (contremaître). Certains chariots contiennent du papier, d'autres du carton, des pièces métalliques, des éclats de verre.

«Le plus grand nombre des chariots transportent de la nourriture [... ] une sorte de bouillie malodorante, aux couleurs incertaines. Dans les baquets se mélangent de la farine, du riz, des légumes avachis, des morceaux de viande, des têtes de poisson, des os — et quelquefois un cadavre de lapin ou de rat. Une odeur épouvantable se dégage de la majorité des baquets. Je demande au feitor à qui est destiné le contenu des baquets.
«C'est pour les porcs» me dit-il sans conviction. Je lui glisse un billet de dix reais.
«Je ne suis pas un touriste. Je suis rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation... je veux savoir ce qui se passe ici», lui dis-je, d'une voix ridiculement solennelle.
Le feitor se moque totalement de ma mission. Mais il est sensible au billet de banque. «Nos enfants ont faim, comprenez», me dit-il comme pour les excuser.»
    — Jean Ziegler[22]

La part des femmes dans les récupérateurs est élevée : 38 % à Pnomh Penh ou 60 % à Hanoi, et le plus fréquemment de l'ordre de 50 % ; toujours ces chiffres ne concernent-ils fréquemment que les ramasseurs et pas les revendeurs. La récupération des déchets implique tout spécifiquement le travail des enfants. Selon l'étude déjà citée, les enfants peuvent représenter plus de la moitié des récupérateurs ; leur âge variait entre 4-5 ans et 18 ans.

Les minorités sont fréquemment sur-représentées parmi les ramasseurs, qu'il s'agisse de minorités religieuses ou ethniques :[23] les chrétiens coptes sont plus de la moitié des ramasseurs en Égypte, de même que les musulmans à Calcutta ; en Roumanie, ce sont la majorité du temps les Roms, en Inde les dalits. Il peut aussi s'agir d'étrangers au pays, comme les Syriens et Palestiniens au Liban, les Afghans au Pakistan ou les Bangladeshi à Delhi. On trouve aussi de nombreux nouveaux migrants venant des campagnes ou fuyant un désastre, sans qu'ils ne fassent partie de minorités claires.

Place dans la gestion des déchets

Le schéma ci-dessous[24] montre un dispositif de gestion typique dans une grande ville d'un pays en développement : une partie des déchets est récupérée de façon organisée par les services publics : collecte à la source, nettoyage des rues, transport et traitement final. On trouve fréquemment une partie des déchets qui n'est pas récupérée[25] et qui restent dans les rues et les canaux : ils sont fréquemment brûlés dès qu'ils prennent trop de place. Enfin, une partie des déchets est récupérée informellement, à la source, dans les rues ou dans les décharges.

Système de gestion des déchets dans un pays en développement

Le ramassage ne s'arrête pas là. Les déchets sont ensuite vendus à des intermédiaires qui s'occupent soit de les revendre directement, soit de les transformer : nettoyage, ajout de valeur, séparation des matériaux... suite à quoi ils sont revendus. La récupération informelle participe ainsi au recyclage et par là même au dispositif de gestion des déchets. Le volume de déchets récupérés est loin d'être négligeable : sur la totalité de la Roumanie, 1 à 2% des déchets recyclables sont récupérés informellement, les déchets recyclables formant 36% du total. À Bangalore, 15% des déchets municipaux sont récupérés ainsi chaque jour ; au Caire, c'est entre 30 et 40% de l'ensemble des déchets qui sont récupérés, soit 900 tonnes chaque jour. La gestion des déchets pouvant représenter jusqu'à 30 % du budget municipal comme à Karâchi, [26] la récupération informelle permet aussi à la ville de réaliser des économies.

Les récupérateurs participent à la gestion des déchets : ici, déblocage d'un canal de drainage que les ordures risquent de faire déborder.

Les publications de référence[26] en matière de gestion des déchets pour les pays en développement incluent les récupérateurs informels à plusieurs niveaux : d'une part, pour comprendre quelle proportion des déchets est déjà récupérée par eux ; ensuite, pour étudier comment un programme de gestion affecterait leurs conditions de vie, que ce soit positivement (en perfectionnant les conditions sanitaires) ou négativement (en réduisant leur source de revenus).

Cependant, si la tentation est forte pour une municipalité de vouloir se débarrasser des récupérateurs informels afin de perfectionner l'image de la ville, certaines initiatives fructueuses ont été menées en collaboration avec eux. En 1992, seuls 2 à 5 % des 1 300 tonnes de déchets produits quotidiennement à Dar Es Salaam étaient collectés. En 2004, la ville générait 2 200 tonnes de déchets par jour, 50 % étaient collectés et 40 % arrivaient à une décharge à ciel ouvert ; les ramasseurs ont été inclus dans le partenariat public-privé pour pouvoir alimentér une plus grande proportion de la ville, tout en perfectionnant leurs conditions de vie. [27] Les associations de récupérateurs sont aussi officiellement reconnues.

De telles initiatives restent rares : à ce jour, seule une poignée de municipalités ont intégré les ramasseurs dans leurs programmes de gestion des déchets, surtout celle de Belo Horizonte au Brésil, quelques villes d'Inde ainsi qu'aux Philippines.

Enfants pieds nus ou en tongs sur une décharge.

La collecte de déchets sur les décharges et la manipulation même des déchets entraîne des risques sanitaires et des dangers physiques pour les ramasseurs. Les maladies parasitaires sont fréquemment répandues chez les ramasseurs (65% d'incidence à Bangkok et 97% à Olinda[28])  ; la haute densité de particules (jusqu'à 25 fois plus élevée que dans les zones résidentielles[28]) entraîne des problèmes pulmonaires : 40% de ramasseurs affectés sur un site en Thaïlande, 53% des enfants sur un site aux Philippines. Les métaux lourds affectent aussi la santé : sur un site philippin, 70% des enfants ramasseurs avaient un taux de plomb dans le sang anormalement élevé, 2, 5 fois plus élevé que les autres enfants des bidonvilles. Comme maladies affectant spécifiquement les ramasseurs, on peut nommer la tuberculose, les maladies intestinales et diarrhées, les problèmes de peau comme la gale, la pneumonie et la bronchite, les infections des yeux, etc. [29]

Les dangers sont aussi physiques : la pauvreté des ramasseurs ne leur permet le plus souvent pas de disposer d'équipement de protection adapté. Les personnes marchant en tongs ou alors pieds nus sont exposés à des coupures d'objets tranchants, à une infection par des déchets médicaux (surtout les seringues), aux morsures d'animaux ainsi qu'aux piqûres d'insectes. Le poids des matériaux crée des problèmes de dos récurrents. L'instabilité des déchets augmente les risques de fractures, la remontée de gaz toxiques peut piéger un ramasseur, et les éboulements peuvent être mortels : 39 morts à Istanbul en 1993, plus de 200 à Manille en 2000 lors d'un effondrement de déchets, [30] quelques 250 personnes évacuées à O Portiño (Espagne) en 1994. [28] Les incendies sont habituels, volontaires ou non.

Les risques sanitaires sont aussi étendus au voisinage par les animaux qui se nourrissent des déchets (et qui servent eux-mêmes de nourriture aux habitants) et par la dispersion des déchets. De plus, l'absence d'infrastructures de base et surtout de latrines pousse de nombreuses personnes à utiliser les piles d'ordures comme toilettes, d'où une contamination accrue.

Cette activité est quelquefois reconnue comme illégale et dans ce cas les ramasseurs ont à craindre les forces de police. Mais que l'activité soit légale ou non, le secteur reste surtout informel et ne procure aucune couverture sociale, à l'exception d'initiatives isolées dans certains bidonvilles pour offrir un minimum de protection pendant les périodes complexes. Compte tenu de la grande proportion de femmes et d'enfants dans le secteur (et surtout des enfants des rues, fréquemment orphelins), il y a également une plus grande vulnérabilité à l'exploitation sociale et sexuelle de la part des revendeurs (voir aussi : exploitation de l'enfant). Leur place au bas de l'échelle sociale les fait quelquefois voir comme des criminels : en Colombie, lors des campagnes de «nettoyage social» des groupes paramilitaires, les collecteurs de déchets étaient reconnus comme «jetables» : 40 corps avaient été trouvés en 1992, et on estime à à peu près 2000 le nombre de basuriegos tués jusqu'en 1994. [4]

En conséquence, leur espérance de vie est toujours inférieure à celle du reste de la population : ceux de Mexico ont une espérance de vie de 39 ans lorsque celle du reste de la population est de 67 ans.

Comme les autres habitants de bidonvilles et personnes marginalisées, les ramasseurs d'ordures font partie de la population la plus vulnérable aux chocs : vulnérabilité aux maladies (qui ne permet pas d'obtenir un salaire plusieurs jours de suite), aux catastrophes naturelles et moins naturelles (incendies, surtout), dépenses imprévues (surtout en cas de décès ou de mariage), violence, etc. Les ramasseurs sont qui plus est vulnérables aux changements affectant leur ressource, les déchets. Selon différentes enquêtes conduites à Dhâkâ, [3] les facteurs pouvant affecter sensiblement les récupérateurs sont la saison des pluies (qui complique le travail et diminue la valeur des objets récupérés, surtout pour le papier), la présence de fêtes religieuses ou nationales (qui accroissent la quantité de déchets et le revenu probable), la fermeture ou l'ouverture de commerces et d'industries, à la fois producteurs et acheteurs potentiels de matériaux à recycler.

Les récupérateurs sont ainsi sensibles aux changements économiques, ainsi qu'aux changements apportés par la municipalité dans la gestion des déchets. Lorsque celle-ci devient en partie gérée par le secteur privé, comme une décharge par exemple, les ramasseurs qui y travaillaient doivent se tourner vers le ramassage dans les rues ou une autre activité, quelquefois la mendicité ; le nouveau gestionnaire de la décharge impose le plus souvent des conditions pour l'accès, ce qui peut diminuer le travail des enfants à proximité. [1] Le ramassage de rues a l'avantage d'apporter des matériaux de meilleure qualité, à la source, et ce changement peut par conséquent être bénéfique pour une partie des ramasseurs.

La réduction du travail des enfants est fréquemment au cœur des projets ciblant les récupérateurs, en partie à cause de l'émotion suscitée auprès des bailleurs de fonds.

Les récupérateurs sont fréquemment l'objet d'interventions d'ONG tant locales qu'mondiales ; mais même dans le cas d'organisations locales, le financement provient le plus fréquemment de l'étranger, par des subventions d'ONGs mondiales et de fonds de développement. Le secteur privé est rarement impliqué et ne subventionne les projets généralement qu'en cas d'intérêt direct : par exemple, pour obtenir des matériaux recyclés plus aisément, ou pour mieux contrôler le recyclage de certains produits et éviter la fraude. [1] Peu d'activités sont auto-financées, et , dans ce cas, elles le sont par le revenu du recyclage et le compostage ; de tels projets ont été mis en place en Égypte.

L'OIT distingue quatre objectifs généraux de tels projets :

  1. Perfectionner les conditions de vie des récupérateurs (logement, infrastructure, santé... )  ;
  2. Diminuer la part des enfants œuvrant dans la récupération (création d'écoles, de foyers et d'alternatives)  ;
  3. Perfectionner la gestion des déchets dans la ville ;
  4. Procurer d'autres alternatives : formations, emplois...

On peut noter que tous ces objectifs sauf le 2e ont une portée plus large, mais incluent les récupérateurs dans leur population cible.

Parmi les interventions déjà réalisées dans différents lieux du monde, on peut citer :

  • la provision de nourriture, d'outils et d'équipements de protection, de soins d'urgence et de vaccins, d'abris pour la nuit ;
  • l'éducation formelle et informelle : création de structures d'accueil pour enfants, promotion et réhabilitation d'écoles, création de bourses, d'ateliers et de formations spécifiques au recyclage, organisation d'activité de loisirs ;
  • génération de revenu et d'emplois : création de micro-entreprises et coopératives, développement des possibilités de microcrédit, diversification des emplois (balayage des rues, jardinage... )  ;
  • amélioration du statut : enregistrement, création de pièces d'identité, campagnes publiques et lobbying en faveur des récupérateurs, éducation de la population au tri sélectif ;
  • développement de liens avec le secteur public pour intégrer les récupérateurs dans la gestion des déchets, et développement de partenariats avec le secteur privé pour éviter les intermédiaires.

Les résultats concrets de ces interventions sont mitigés, leur succès dépendant de l'intégration correcte des différents éléments humains, techniques, économiques. [1]..  : ainsi, les projets créant des centres de tri dédiés et permettant aux récupérateurs de travailler dans un cadre organisé ont fréquemment plus de succès que les projets donnant des équipements de protection, qui ne sont guère utilisés au final car jugés «peu pratiques».

Un homme fouillant dans les poubelles à Londres

Dans les Pays développés, il n'existe généralement pas d'économie informelle basée sur les déchets : les services publics contrôlent bien plus étroitement la collecte et la gestion des déchets, l'accès aux sites d'enfouissement est restreint, les rues sont plus fréquemment nettoyées. Même, lorsque une entreprise privée s'occupe d'une partie du dispositif de gestion, les réglementations de ce domaine sont trop contraignantes pour qu'un dispositif informel se développe à grande échelle. La récupération informelle se fait par conséquent presque exclusivement dans les poubelles, et surtout les bennes à ordures.

Il faut, tout de même, distinguer le cas des personnes pauvres et les autres utilisations.

Comme dans les pays en développement, les personnes pauvres voient les poubelles comme un moyen de subsistance ; le gaspillage étant plus commun, on trouve toujours plus de déchets directement réutilisables dans les poubelles. De la nourriture toujours comestible est trouvée aux abords des supermarchés et des magasins d'alimentation ; les abords des marchés sont aussi riches en nourriture mais celle-ci est plus rarement emballée. L'interdiction de vendre des aliments après leur date de péremption sert à trouver des aliments toujours emballés dans les poubelles, ce qui limite les risques sanitaires.

La revente de déchets est par contre particulièrement marginale ; elle s'applique en particulier aux objets consignés comme les bouteilles, ou alors à certains métaux comme le cuivre et le plomb dont la valeur marchande est importante.

«Faire les poubelles» reste particulièrement mal vu par le reste de la population, y compris par des personnes pauvres qui n'en sont pas rendues à cette extrémité. L'acte lui-même n'est généralement pas illégal, sauf lorsque la poubelle se trouve dans un lieu privé ; mais la stigmatisation est importante et reste associée à une perte de dignité, fréquemment liée à celle du statut de personne sans domicile fixe.

Personne venant de faire les poubelles pour récupérer des objets dans un but artistique.

Certaines personnes font les poubelles non pas par obligation économique, mais pour le frisson procuré par la pêche ou pour assouvir leur créativité : réparation d'objets usagés, récupération de matières premières pour leur art, etc. Faire les poubelles peut devenir un choix conscient faisant partie d'un mode de vie alternatif[31]. A titre d'exemple, les adeptes du freeganisme (appelés aussi les déchétariens) le pratiquent : ils récupèrent des aliments dans les poubelles des grands magasins et des restaurants, dans un but avant tout éthique, celui de lutter contre le gaspillage.

Faire les poubelles est aussi l'outil privilégié des sociologues des déchets, qui étudient la sociologie et les déchets de la vie moderne. Enfin, les poubelles sont un lieu privilégié de récupération d'informations, utilisées, par exemple, dans un but d'espionnage.

Même si ce ne sont pas vraiment des déchets, citons aussi le cas habituel de la récupération par les responsables de dépôts-vente et les brocanteurs d'objets conçus pour la revente, lors des jours de ramassage des «encombrants».

Les documents de références sur les récupérateurs d'ordures ne sont pas nombreux, et il n'existe pas à l'heure actuelle de statistiques mondiales à ce sujet. Les sources sont essentiellement des rapports d'institutions mondiales comme l'Organisation mondiale du travail et l'Unicef, qui portent cependant davantage d'intérêt au travail des enfants dans ce contexte : ainsi, l'évaluation thématique de l'ILO conduite en 2004[1] conjointement avec l'institut néerlandais WASTE est probablement la plus grande compilation de recherches à ce jour. Les autres sources notables proviennent d'instituts de recherche comme le WEDC britannique : les travaux de Mansoor Ali[3], [14] sont notables dans la mesure où il s'agit de recherches de longue durée, conduites dans les communautés de récupérateurs, à la différence de la majorité des autres travaux de recherches qui sont le plus souvent obtenus par de rapides visites sur les sites.

Les autres sources sont fréquemment des rapports d'ONG et de la Banque mondiale, qui se focalisent plutôt sur les actions concrètes à mener dans chaque contexte.

Sur la récupération informelle des déchets dans les pays en développement :

  • divers rapports de l'Organisation Mondiale du Travail, surtout sur le travail des enfants dans ce secteur [lire en ligne] ;
  • (en) Mike Davis, Planet of Slums, Verso, Londres - New York, 2006, 228 p. (ISBN 1844670228) .
    À propos des problèmes des bidonvilles généralement.
  • (en) F. Flintoff, Management of Solid Wastes in Developing Countries, 2e édition, 1994 : WHO Regional Publications. South-East Asia Series No. 1 (ISBN 92-90221011) .
    Ouvrage de référence sur la gestion des déchets dans les pays en développement, avec l'inclusion des récupérateurs dans le dispositif.
  • (en) M. Ali, A. Cotton et K Westlake, Down to Earth : solid waste disposal for low-income countries, WEDC, Loughborough University, 1999 (ISBN 0906055660) .
    Une analyse de la situation dans de nombreux pays.

Sur la récupération des déchets comme «façon de vivre» dans les pays développés :

  • John Hoffman, Art and Science of Dumpster Diving (ISBN 1559500883)
  • Ted Botha, Mongo : Adventures in Trash (ISBN 1582344523)

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  2. Vivien Walden, Tim Forster et Panteleo Creti, Public Health Assessment Report from Haiti, Oxfam, novembre 2003.
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  5. Chiffre obtenu en prenant 2% de la population des villes de plus de 1 million d'habitants dans les pays à bas revenu, soit 2% de 12% de 686, 5 millions d'habitants, selon les données de la Banque mondiale [lire en ligne]. En prenant aussi la population des villes de plus de 1 million d'habitants dans les pays with lower middle income, on ajoute 2% de 18% de 1 320 millions de personnes.
  6. ab A. T. M. Nurul Amin, The informal sector in Asia from the decent work perspective, Bureau mondial du Travail, Genève, 2002 [lire en ligne].
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  25. Dans certains pays les moins avancés, moins de 30% des déchets sont collectés par les services publiques, laissant plusieurs centaines de tonnes de déchets chaque jour dans les rues.
  26. ab Mansoor Ali, Andrew Cotton et Ken Westlake, Down to Earth : Solid Waste Disposal for Low-Income Countries, WEDC, Loughborough University, 1999 (ISBN 0906055660) .
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  29. Virginia MacLaren et Nguyen Thi Anh Thu (eds. ), Gender and the Waste Economy - Vietnamese and Mondial Experiences, National Political Publisher, Hanoi, 2003 [lire en ligne].
  30. Le 10 juillet 2000, suite à de violentes pluies, un pan entier d'une montagne de déchets s'effondre à la décharge de Payatas, à Manille. 200 personnes y meurent enterrées sous les ordures, essentiellement des femmes assez âgées et ceux qui se déplaçaient le moins aisément. Source : Stephanie Lepsœ, op cit.
  31. Le film documentaire d'Agnès Varda Les Glaneurs et la Glaneuse (2000) est un témoignage sur ce genre de vie

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