Informatique et développement durable

L'application des principes de développement durable à l'informatique est un sujet à la fois nouveau, particulièrement complexe, et potentiellement extrêmement vaste.



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Informatique et développement durable - Développement durable

L'application des principes de développement durable à l'informatique est un sujet à la fois nouveau, particulièrement complexe, et potentiellement extrêmement vaste. Nous ne sommes certainement qu'au début d'un processus de transformation des métiers de l'informatique qui devrait, sur le long terme, affecter en profondeur les modèles employés en informatique.

Ce processus a commencé dès les années 1990 avec la préoccupation d'économiser l'énergie dans les centres d'exploitation. Actuellement, cette préoccupation existe plus que jamais, mais commencent à émerger d'autres préoccupations qui consistent à intégrer les besoins métier en termes de développement durable dans les dispositifs d'information des entreprises (responsabilité sociétale des entreprises), des collectivités locales (agendas 21) et des administrations, suite aux sommets de la Terre de Rio de Janeiro (1992) et de Johannesburg (2002).

En France, le gouvernement a produit en décembre 2008 un premier rapport TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) et développement durable, qui se concentre en fait sur la première problématique, celle des économies d'énergie et l'aptitude au recyclage des équipements informatiques. Mais, comme on l'a vu, le champ est illimitément plus vaste. Le rapport officialise le terme d'éco-TIC comme traduction française de green IT.

Selon le rapport smart2020 réalisé par le Climate Group, il serait envisageable de diminuer de 15% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 en agissant sur les techniques de l'information et de la communication.

Position du problème

Dispositifs d'indicateurs et réglementations générales

Le dispositif d'indicateurs Global Reporting Initiative comporte 79 indicateurs sur les trois piliers du développement durable, regroupés en six catégories :

  • économie,
  • environnement,
  • droits de l'homme,
  • relations sociales et travail décent,
  • responsabilité vis-à-vis des produits,
  • société.

Sa mise en œuvre dans les dispositifs d'information des entreprises, sur des bases volontaires, consiste à collecter des indicateurs sur l'ensemble des processus métier.

En France, l'article 116 de la loi NRE (Nouvelles Régulations Économiques) oblige les sociétés françaises cotées à rendre compte dans leur rapport annuel des impacts environnementaux et sociaux de leurs activités. Il demande de publier des indicateurs environnementaux et sociaux dont la liste est définie par le décret d'application.

Rapport TIC et développement durable du gouvernement français

Le rapport TIC et développement durable du gouvernement français (décembre 2008) comporte comme premier constat, dans sa page de synthèse, une affirmation qui n'est pas appuyée par une argumentation dans le corps du rapport, et qui donc relève plutôt des idées reçues :

«Globalement, les TIC ont un apport positif pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, il est extrêmement complexe de quantifier avec précision cet apport. Selon les estimations, les TIC pourraient permettre d'économiser de 1 à 4 fois leurs propres émissions de gaz à effet de serre. En effet, c'est l'activité économique dans son ensemble qui réduit ses émissions grâce aux TIC, avec surtout des gains probants à venir dans les secteurs du transport et du bâtiment.»

Cet extrait du rapport nomme en effet les observations suivantes :

  1. L'analyse porte sur l'impact en termes d'émissions de gaz à effet de serre, ce qui n'est qu'une partie du problème environnemental. En effet, le dispositif de pilotage Global Reporting Initiative identifie 30 indicateurs environnementaux. A titre d'exemple, l'électricité consommée par les ordinateurs en France est produite à 80% par des réacteurs nucléaires à eau pressurisée qui consomment de l'uranium, ressource non renouvelable, et qui produisent des déchets radioactifs. L'empreinte écologique de l'industrie nucléaire actuelle n'est absolument pas négligeable. Il est vrai que le plutonium produit par les réacteurs nucléaires à eau pressurisée pourrait être récupéré dans certains types de réacteurs de quatrième génération. Ce n'est aussi qu'une partie du problème du développement durable, dans la mesure où il faudrait aussi inclure le volet social.
  2. Rien dans le rapport ne concerne la contribution des techniques de l'information et de la communication à le perfectionnement des processus métier des entreprises dans un sens favorable au développement durable (ce que nous appelons l'écoinformatique, et que les anglosaxons nomment le green IT 2.0). Or il ne serait envisageable de quantifier l'apport global des TIC au développement durable que si on introduisait dans la mesure de l'activité des entreprises des indicateurs environnementaux, en plus de l'indicateur habituel de chiffre d'affaires. La loi sur les nouvelles régulations économiques (article 116), en France, a demandé aux entreprises de rendre compte des conséquences environnementales et sociales de leur activité, au travers d'une cinquantaine d'indicateurs, mais son application n'est pas juridiquement obligatoire (au sens qu'une non application entraînerait des pénalités), et les indicateurs demandés ne sont pas consolidés de façon normalisée dans un indice global intégré. A l'échelle macroéconomique, il faudrait revoir l'outil classique du PIB (PIB vert) pour avoir une estimation de l'évolution selon les critères du développement durable.
  3. Si l'apport des TIC à la réduction des émissions de gaz à effet de serre est positif, ce qui n'est pas prouvé, il faudrait nuancer cet apport, au moins qualitativement, selon les types de techniques informatiques. En effet, on peut raisonnablement penser que le développement de l'internet, des messageries électroniques, et des moteurs de recherche a contribué de façon énorme à sensibiliser, informer, et former les populations des pays les plus développés sur les enjeux du développement durable et de l'environnement, en permettant d'approfondir ce sujet à la fois complexe et global par l'échange interactif d'informations. L'usage de ces outils a favorisé le changement des mentalités et poussé une fraction de la population à s'orienter vers des activités plus respectueuses de l'environnement. Par contre, la majorité des dispositifs d'information internes des entreprises sont restés sur des modèles qui dérivent des premiers temps de l'informatisation (MERISE, modèle entité-relation), modèles qui manipulent des informations plus quantitatives que qualitatives, et plus financières qu'environnementales et sociales. L'usage de modèles sémantiques (basés sur des métadonnées), actuellement particulièrement peu répandus, permettrait de saisir énormément mieux le sens des informations et de gérer le qualitatif. Donc, une réduction sensible de l'impact environnemental indirect des dispositifs d'information au sein des entreprises passe par un changement de modèle.
  4. Si l'internet a eu un effet vertueux de sensibilisation à l'environnement dans les pays les plus développés, il a aussi eu pour effet d'exporter, par le phénomène de mondialisation, un mode vie de vie occidental peu écoresponsable vers les pays émergents. A titre d'exemple, l'électricité consommée par les équipements informatiques en Chine est produite principalement par des centrales thermiques à charbon, qui émettent énormément de gaz à effet de serre (41% du charbon mondial est consommé en Chine). Par conséquent l'impact indirect des TIC sur l'empreinte écologique globale serait plutôt négatif. Le mot "globalement" dans la page de synthèse est par conséquent critiquable.
  5. Le commerce électronique ne supprime pas les transports physiques de marchandises. On doit toujours livrer les produits par la poste, avec une chaîne logistique qui emploie les camions. D'autre part, dans le cas de commandes avec une longue distance entre le fournisseur et le client (intercontinental), on doit passer par le fret aérien qui est particulièrement polluant. Il faut en finir avec le mythe internet = virtuel, immatériel...

En résumé, ce rapport TIC et développement durable aborde principalement ce que les anglo-saxons nomment le green IT 1.0 et green IT 1.5, c'est-à-dire la contribution directe des TIC (consommation électrique, émissions de gaz à effet de serre lors de la conception et de l'utilisation des équipements informatiques), mais occulte la phase green IT 2.0. Ceci comporte plusieurs dangers :

  1. laisser le champ libre aux anglo-saxons sur le développement des éco-TIC, en particulier dans la phase d'application aux processus métier (green IT 2.0), ce qui serait une erreur sur le plan de l'intelligence économique,
  2. se soumettre à la conception anglo-saxonne du développement durable qui, à travers la domination mondiale par la connaissance, peut pousser à des modèles de durabilité faible plutôt que de durabilité forte.

Impact du développement durable sur les modèles informatiques

L'étude de la performance en matière de développement durable en relation avec les modèles informatiques (MERISE, modèles entité-relation, UML, ... ) n'est pas étudiée dans la littérature ou sur internet. Tout ce qu'on peut dire est que ces modèles gèrent des informations structurées quantitatives, mais s'intéressent peu aux performances qualitatives en matière environnementale et sociale qui sont le plus fréquemment du domaine de l'information non structurée (textes libres dans des documents, informations éparpillées dans des tableurs).

Didier Pautard considère que les objectifs en matière de développement durable des entreprises ont un impact sur la stratégie marketing, pas tant dans le domaine de la communication, que de l'étude des opportunités et des menaces génèrées par les besoins des consommateurs et des clients des entreprises, en tenant compte des attentes des parties prenantes. C'est une démarche d'intelligence économique, qui consiste à analyser les signaux faibles du marché, qui parviennent le plus fréquemment en source ouverte par les relations professionnelles et par internet (veille environnementale, sociale et sociétale), puis à structurer ces informations dans des référentiels, qu'il est envisageable d'analyser selon plusieurs axes d'analyse. La bonne structuration de ces informations consiste alors à définir la sémantique des informations[1].

Application au volet environnemental du développement durable

Comme on l'a vu, c'est le volet environnemental qui est apparu en premier (programme Energy Star en 1992 aux États-Unis par exemple). Le volet environnemental se décompose en deux phases principales, la première consistant en la contribution directe de l'informatique au respect de l'environnement, la seconde étant une contribution indirecte, mais qui est sans doute à terme bien plus importante.

On parlera ici, conformément à la terminologie officielle recommandée par la Commission générale de terminologie et de néologie en 2009, d'écotechniques de l'information et de la communication, en abrégé éco-TIC[2].

Réglementations applicables à l'informatique

L'informatique verte et l'écoinformatique sont des concepts toujours jeunes, pour lesquels la réglementation mondiale commence à voir le jour depuis quelques années. Les impacts des exigences de développement durable sur l'informatique peuvent porter sur les matériels ou les processus métier, ils existent dans plusieurs normes ou réglementations :

Pour les matériels informatiques :

Pour les processus métier :

Première phase : contribution directe

Article détaillé : Informatique verte.

Cette première phase est parfois nommée par les Américains green IT 1.0 pour le matériel informatique et green IT 1.5 pour les réseaux[3].

Dans cette première phase, l'idée est d'optimiser les processus techniques existants pour génèrer des économies d'énergie et optimiser le dispositif d'information. Les constructeurs informatiques n'ont plus pour objectif premier de respecter la loi de Moore, mais d'augmenter la performance par énergie consommée exprimée en FLOPS par Watt (voir performance per watt). Il existe par exemple une classification des superordinateurs du TOP500 selon ce critère.

Green IT 1.0

Les Green IT 1.0 correspondent aux matériels, méthodes, logiciels, services et processus informatiques qui contribuent à la réduction de l'impact de l'outil informatique sur l'environnement. Il y a la volonté de diminuer l'impact de l'informatique sur l'environnement tout au long du cycle de vie de ces matériels et logiciels. C'est-à-dire, lors de son utilisation (économies d'énergie) mais également lors de sa conception et jusqu'à la gestion de ses déchets.

Green IT 1.5

Les Green IT 1.5 correspondent aux techniques visant à diminuer l'impact néfaste de l'informatique sur l'environnement par une meilleure infrastructure de communication. L'objectif des green IT 1.5 est de diminuer l'impact écologique, en réduisant les déplacements physiques, par la dématérialisation et l'échange des données informatiques. Au cours de cette première phase, il n'est pas encore question de gérer les déchets électroniques et leur recyclage. Les green IT 1.0 et 1.5 ne changent pas réellement les comportements au regard de l'informatique et n'ont par conséquent qu'un impact relatif sur la gestion des parcs informatiques.

Initiatives d'entreprises et d'associations

Deuxième phase : contribution indirecte dans les processus métier

Article détaillé : écoinformatique.

Cette deuxième phase est parfois nommée par les Américains green IT 2.0.

L'objectif, à ce niveau, est de diminuer l'empreinte environnementale de la société grâce aux techniques de l'information et de la communication.

A ce stade, les green IT permettent la réorganisation de l'entité pour aider, a chaque étape du processus métiers, de diminuer l'empreinte écologique.

Application au volet social du développement durable

Les TIC durables peuvent permettre de perfectionner les conditions de vie et de travail en valorisant et en respectant les activités des êtres humains. En l'espèce, les TIC durables ont pour ambition d'assurer un développement durable de la société sur le long terme.

Voir aussi

Liens externes

Notes

  1. Didier Pautard, les avantages d'une stratégie marketing consciente des principes de développement durable, Revue française du marketing n° 200, décembre 2003
  2. Journal officiel du 12 juillet 2009
  3. Green IT tentative de définition

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 08/12/2009.
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