Eva Lanxmeer

EVA lanxmeer est le nom d'un éco-quartier construit de 1994 à 2009 dans la ville de Culemborg aux Pays-Bas.



Catégories :

Pays-Bas - Écoquartier - Architecture et urbanisme du développement durable - Développement durable

EVA lanxmeer (Eva-Lanxmeer ou «E. V. A. Lanxmeer») est le nom d'un éco-quartier construit de 1994 à 2009 dans la ville de Culemborg aux Pays-Bas.

Les habitants de cet écoquartier ont contribué à construire l'équilibre entre le végétal et le minéral et sa diversité : chaque îlot est différent des autres, comme chaque jardin l'est , mais cohérent car inscrit dans un plan d'ensemble
chaque maison, hormis d'un jardin privé dispose d'un jardin semi-public (communautaire, entretenus par les habitants
Les seniors ne sont pas oubliés ; ils ont collaborativement conçu leurs logements avec l'architecte, EVA et la municipalité
Excepté l'eau des toilettes, l'ensemble des eaux grises sont collectées et traitées dans des lagunages naturels, avant d'être rendues à la nappe phréatique, ici près du verger communautaire de pommier
les maisons de la seconde génération sont toutes couvertes de panneaux solaires
Le bois (certifié FSC) est partout privilégié, mais aussi les essences locales pour les haies
La gare et son parking à vélo, à l'entrée du quartier (ici durant les vacances, le 10 juillet)
L'interdiction des voitures dans le quartier le sécurise pour les enfants
Les eaux de ruissellement des axes circulants sont collectées et épurées à part
Devant ou derrière les logements, des celliers tempérés par une toiture végétalisée permettent de conserver fruits et légumes, sans consommer d'énergie
Des haies remplacent les clôtures habituelles, en perfectionnant l'environnement de tous
Le principe de la permaculture guide la gestion des espaces verts limitant l'extension des espèces volontiers invasives
Les espaces de jeux sont beaucoup présents dans les parties privées ou semi-publiques, toujours conçus pour favoriser la surveillance des petits par les parents
De nombreux axes laissent librement circuler la faune ou jouent même un rôle de corridor biologique
Les zones de lagunage sont aussi d'un grand intérêt esthétique. Le tronc de bois-mort a été posé là comme reposoir pour les martin-pêcheurs qui l'utilisent comme tel
Un grand verger apporte gratuitement des pommes et du jus de pomme à tout le quartier
Maison autoconstruite (à gauche) et plus «classiques» (à droite)
L'une des nombreuses toitures végétalisées
Serre intégrée comme espace de vie
Une partie des habitations récentes sont littéralement construites dans des serres
Ce piézomètre pédagogique rapelle que la nappe est proche et vulnérable
Cette immeuble de bureau est surmonté d'un logement et ne cache pas ses eaux usées qui sont épurées dans la roselière qui le longe

Il intègre une grande partie des principes de haute qualité environnementale (HQE) (désignation francophone) et des écoquartiers mais son originalité est d'avoir promu et soutenu la participation constante des habitants. En effet, ce quartier (hormis pour son masterplan) a été conçu et réalisé avec des représentants des futurs habitants, dans un processus créatif et dit bottom-up (du bas vers le haut, et non imposé par des cadres ou une administration).
Fréquemment reconnu comme exemplaire pour plusieurs de ses aspects (par exemple en Europe par Énergie-Cités [1] et en France par le ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer [2]), il est devenu une référence mondiale, régulièrement visité par des architectes, urbanistes, aménageurs, prospectivistes ou groupes intéressés par le développement soutenable, venant de l'ensemble des pays européens, et quelquefois plus éloignés (États-Unis, Japon…).

Initié en 1994 par citoyens autour d'un projet «E. V. A. », il prévoyait à peu près 250 logements à construire en 4 phases, dont un tiers en location (type HLM ; plus diversifié dans la 4ème phase). Le projet inclut une école et des bureaux, le tout étant localisé sur une ancienne zone protégée (captage d'eau potable).

Le quartier est en 2009 presque terminé avec 240 Maisons solaires passives construites (dont 60 en locatif).

Une partie des immeubles de bureaux a été ou sera – pour ce qui reste à construire – remplacée par des habitations, faute de demande suffisante pour des bureaux et suite à une forte demande de logement «écologique».

Appellation

Histoire du projet

Le projet est né dans un environnement légèrement plus propice que celui des années 1980, avec une population et une administration néerlandaises de plus en plus ouvertes à l'innovation et acquise à l'environnement, suite surtout au Rapport Brundtland ainsi qu'à la publication d'un ouvrage intitulé Milieu : Kiezen of verliezen [3] qui a marqué une partie du public et des décideurs néerlandais, .

Des mouvements nés dans les années 1960 tels que l'Open Building, surtout à l'université de Delft (TU Delft) promouvait déjà dans le pays une forte participation du public. S'y est greffée dans les années 1990 et l'écocitoyenneté. En 1991, un concours du VIBA intitulé «Bâtir et habiter en respectant l'homme et l'environnement» témoignait d'une volonté de rénover la construction en y intégrant l'environnement et le social.

En 1992 (année du sommet de la terre de Rio), la demande de logement était forte aux Pays-Bas ; le gouvernement néerlandais y répondait par de nouveaux «plans VINEX» (planifiant la construction de 800 000 nouveaux logements à construire en 20 ans), avec une volonté d'intégrer l'environnement dans la construction.

Des études prospectives montrant un risque de dégradation grave des services écologiques avait abouti à un premier NMP intitulé "«Se préoccuper de demain»", cependant suivi d'un second NMP concluant à la difficulté d'impliquer le grand public et les commerçants, ce qui freinant les changements de comportements). C'est le défi que Marleen Kaptein a voulu relever avec cet écoquartier. Cette socio-éco-urbaniste spécifiquement sensible au développement soutenable, avait antérieurement (en France surtout) travaillé aux moyens d'associer les futurs habitants d'HLM à la conception de leur logements. Elle venait en 1992 de suivre une formation à la permaculture qui l'a motivé pour intégrer cette approche dans un urbanisme au service de l'homme (se faisant avec la nature et non plus contre elle ). Elle avait un objectif de conscientisation environnementale, qu'elle estimait indispensable à un tissu social stable ainsi qu'à une plus grande autonomie. Ceci impliquait que le quartier puisse recycler localement ses déchets et contribuer à rembourser sa dette écologique par des dispositifs autonomes de restauration maintien et stabilisation de l'état des sols, de l'eau, de l'air et de l'environnement (renaturation), s'appuyant sur la plasticité et la la résilience des dispositifs écologiques. D'autres acteurs, intéressés par cette démarche, vont ensuite se greffer au processus.

Marleen Kaptein était convaincue que le changement de comportement indispensable au développement soutenable et durable viendrait aussi du fait d'associer les habitants à la construction de leur maison et de leur cadre de vie dès l'avant projet d'un quartier. Elle estimait qu'il manquait les moyens et le cadre d'un travail collaboratif avec les urbanistes et architectes, au moins à l'échelle du quartier qu'ils habiteront, et avec une approche globale et heuristique.

En 1990, Marleen Kaptein estime que créer des quartiers avec les habitants est envisageable et indispensable. Elle décide - sans attendre que l'État ou les promoteurs évoluent - de rassembler un groupe de gens assez nombreux et motivés pour en concevoir le projet et la réalisation. Elle pensait qu'un seuil critique de 200 à 400 maisons devait être atteint. Pour ce faire, il lui fallait par conséquent un terrain de plus de 20 ha.
Elle a créé une fondation («Fondation Mondial Forum Mann and architecture») pour promouvoir une «architecture organique» et a rassemblé autour d'elle un groupe d'amis et de connaissances (dont des scientifiques et intellectuels universitaires, désireux de pouvoir eux-mêmes et avec d'autres contribuer à créer la ville ou le quartier où ils rêveraient de vivre.
Dans la dynamique en cours du sommet de la Terre 1992, elle crée ensuite une Fondation E. V. A. qui puise dans les courants de l'écologie émergeant en Europe du Nord depuis les années 1970, avec un parfait d'autonomie et de partage, de valorisation du «génie du lieu» et de «mixité des fonctions» (habitat, travail, loisirs) que certains assimilent à la Deep ecology. De 1992 à 1994, les initiateurs du projet prévoient la construction de 250 logements, 40 000 m² de bureaux et de surfaces professionnelles, ainsi qu'une ferme urbaine écologique (assurant une production biologique et un contact avec la nature), un centre d'information, un centre de bien-être, un centre de conférences, des lieux de convivialité et d'accueil dont bars, restaurant et hôtel.

Le «projet Lanxmeer» a été lancé en 1994 par la Fondation E. V. A.

En 1995, il y a au sein d'E. V. A. consensus autour de 3 principes :

En 1996, à peu près 80 familles étaient réunies pour réaliser cette utopie, qu'on n'appelait pas encore à l'époque «éco-quartier», avec une écoute favorable des élus de la commune de Culemborg.

Six groupes de travail se sont constitués, animés par des spécialistes de plusieurs disciplines, sur les thèmes suivants

  1. Urbanisme et paysage
  2. Eau
  3. énergie
  4. Architecture et construction durable
  5. Matériaux et énergie en cycles fermés
  6. Participation des habitants

Un «livre des habitants» a réuni et synthétisé cette production.

En 1998, le projet portait sur 30 ha avec :
  • 6 ha d'habitat (privé ou en locatif)
  • 4, 5 ha de zone d'activité consacrée à l'emploi
  • 1, 5 ha d'activité mixte (emploi/habitat)
  • 4 ha pour l'école et une piscine
  • 10, 1 ha pour les espaces verts et cheminements (perméables)
  • 0, 7 ha réservés au centre EVA ainsi qu'à un hôtel
Il sera modifié au fur et à mesure de son avancée suivant les moyens, du contexte et des besoins exprimés

C'est l'association (BEL) qui attribue les logements à ses membres (selon liste d'attente) et chaque habitant doit s'engager à respecter quelques règles communes.

Le site

Pour passer de l'utopie à la réalité et concrétiser son projet, la fondation s'est mise en quête d'un terrain assez grand pour ses besoins. Elle a au début des années 1990 repéré un terrain d'une trentaine d'hectares non construit, en périphérie de la ville de Culemborg, enclavée entre une voie ferrée, une zone industrielle à l'Ouest et une zone de lotissements à l'Est .
Ce terrain était alors cultivé et il comprenait un verger de vieux pommiers et une peupleraie. Il avait été préservé de l'urbanisation car inconstructible en raison d'un champ captant alimentant un forage d'eau potable creusé là vers 1910. Mais ce forage ayant été au début des années 1990 approfondi (à à peu près 100 m de profondeur), le champ captant - hormis en son centre - est alors devenu constructible (à certaines conditions, et pour la première fois aux Pays-Bas (où les lois sur l'eau sont spécifiquement strictes). L'État a par conséquent assorti l'autorisation de construction de prescriptions et précautions obligatoires concernant la gestion de l'eau, ce qui convenait particulièrement à Marleen Kaptein ainsi qu'aux futurs habitants qui étaient précisément soucieux de ne pas gaspiller ni polluer la ressource en eau, et même de contribuer à l'perfectionner par des processus d'épuration biologiques. Le directeur de l'urbanisme de Culemborg s'est enthousiasmé pour le projet, et la ville en est devenue l'un des partenaires.

En termes de desserte et de transport en commun le terrain était d'autre part parfaitement localisée ; entre la gare et le centre de la ville (sachant que la gare de Culemborg est excentrée parce que le train devait jadis prendre de l'élan pour passer en hauteur au dessus d'une route proche).

Principes ayant guidé le projet

Des réunions sont régulièrement tenues par ces acteurs (toutes les 6 semaines en 2009), pour discuter du projet et de ses évolutions, des objectifs, du recyclage de l'eau... La philosophie du projet est de se baser sur la demande et la réponse aux besoins des habitants et usagers des bureaux, et non sur le choix parmi l'offre existante.
Le projet est fréquemment cité comme exemple remarquable d'aménagement décidé et organisé par le bas (bottum-up), c'est-à-dire où les futurs habitants eux-mêmes s'accordent après discussion sur leurs priorités et moyens, au lieu d'être dirigé par un aménageur ou de devoir acheter à un promoteur un logement ne correspondant pas à leurs désirs réels.
Chaque habitat doit adhérer à l'association du quartier dite "BEL" et adopter trois règles (dont : «pas de voiture dans le quartier», «pas d'eau de Javel dans les rejets»). Il intégrait dès le début un aspect multifonctionnel visant un équilibre entre les bénéfices sociaux, économiques, culturels, culturels et éducatifs, de loisirs, de développement personnel et de protection et gestion restauratoire de l'environnement.


Les espaces verts

Partenariats

Autour du Centre écologique pour l'Éducation, l'Information et le Conseil (EVA), des habitants, architectes, consultants, agence de développement urbain, municipalité, entrepreneurs divers, société des eaux, quelques acteurs ont fortement soutenu la démarche financièrement, en temps-homme et concrètement ;

Fonctionnement et organisation

Le cœur de l'opération a été porté par une équipe de projet Eva-Lanxmeer, une équipe de coordination (coordinateur externe), en partenariat plus ou moins informel et contractualisé dans une relation de confiance avec la municipalité (service de l'urbanisme)  ;

Limites et difficultés

Aux Pays-Bas, le sol (polders, limons et sédiments de cours d'eau) est particulièrement humide est instable. On construit par conséquent généralement sur pieux, ce qui était ici interdit (au nord du quartier) pour protéger la nappe. Les maisons sont ici construites de façon à être plus légères que la moyenne (sur ossature-bois généralement). Et elles s'appuient sur une fondation en béton cellulaire (de 1, 5 mètre d'épaisseur). Elles ne peuvent par conséquent disposer de caves, ni de celliers enterrés.

Les bassins de rétention et d'épuration des eaux ont été étanchés, et un dispositif différentié collecte les ayant ruisselé sur des surfaces susceptibles d'avoir été polluées (routes surtout).

Le centre socio-écologique souhaité par l'initiatrice et les fondateurs du quartier n'était toujours pas créé en 2009, faute de fonds et de soutien communal.

Après un partenariat étroit de plus de 10 ans, quelques tensions récentes existent entre les habitants et la municipalité qui veut construire plus de logement sur les dernières parcelles, au détriment de la surface en espaces verts, ce qui inquiète les habitants qui craignent que la qualité de vie du quartier, fortement liée à la densité de verdure en pâtisse.

Quelques tensions existent aussi entre certains habitants souhaitant garer leur voiture près de la maison ou ayant pis l'habitude de le faire et la majorité souhaitant que le quartier soit – sauf exceptions justifiées- sans voitures, de manière surtout à ce que les enfants puissent y jouer sans danger et que le bruit des moteurs et la pollution soient évités.

Un projet d'hôtel de 80 chambres était originellement prévu, mais n'a pas été accepté par une partie des partenaires (dont mairie qui ne le considérait pas comme viable en raison du fait que la ville ne présentait pas a priori d'atout touristiques), tandis que ce quartier génère désormais la plupart de visites de gens venant quelquefois de très loin.

Quelques problèmes non propres à ce type de quartier sont apparus : quelques défauts de fabrication (bois mal séché dans un cas) doivent être assumés par quelques propriétaires, ce qui pose aux Pays-Bas des problèmes relationnels avec les architectes et maîtres d'ouvrage, car il n'y a pas de garanties décennales dans ce pays). Il a fallu couvrir les bacs à sable de filets amovibles pour que les chats n'y enterrent pas leurs excréments. Le chant des volailles ou des grenouilles peut au début surprendre les habitants d'origine urbaine qui en ont perdu l'habitude.

Résultats

E. V. A. Lanxmer est le premier ensemble de cette taille ainsi qu'à ce niveau d'efficacité énergétique à avoir été construit aux Pays-Bas en croisant les principes de l'Habitat écologique et un objectif social et participatif (qui ne fait par exemple pas partie des critères de l'approche HQE en France). Le quartier semble en 2009 avoir relevé une grande partie des défis fixés par le projet initial :

Perspectives

Les habitants restent impliqués au travers d'un un plan de gestion du quartier (24 ha). L'avenir dira si les futurs acheteurs s'approprieront bien la gestion future du quartier. Ce quartier, comme BedZed ou d'autres sert en tous cas déjà d'inspiration ou de modèles à de nombreux autres projets
D'autres projets nord-européens visent désormais des performances écologique toujours meilleures, dans la construction (maisons passives ou à énergie ou à biodiversité positive) ou même dans la gestion de l'eau (maison autonome en eau, n'utilisant que de l'eau de pluie, rendue à l'environnement épurée par des dispositifs naturels complexes).
La Fondation E. V. A. veut continuer - via une formation pour le grand public – à promouvoir la prise de conscience qu'une vie plus agréable et responsable est envisageable (durabilité conviviale) dans un environnement urbain repensé et reconstruit, avec les habitants éclairés par une meilleure formation au développement soutenable et grâce à leur leur participation active en collaboration avec les autorités municipales existantes.

Voir aussi

Galerie d'images

Liens externes

Vidéographie

Notes et références

  1. Fiche d'Energie-Cité sur l'écoquartier EVA-Lanxmeer
  2. Fiche du ministère français de l'Ecologie sur l'écoquartier AVA-Lanxmeer
  3. Maurits Grœn ; Milieu : kiezen of verliezen ; ed : SDU uitgeverij, Den Haag, 1989,  ; ISBN :90 12 06158 Voir
  4. (chiffre au 12 juillet 2009)
  5. Donnée juillet 2009 apportées par E. V. A.

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 08/12/2009.
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